À l’hôpital, bouger pour récupérer rapidement !

Chantal Ekoum

Chantal Ekoum est physiothérapeute à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Elle a longtemps travaillé dans les milieux de soins aigus, notamment aux soins intensifs et en traumatologie, avant de développer une expertise en soins adaptés à la personne âgée en milieu hospitalier. Que ce soit dans divers congrès internationaux ou auprès d'autres professionels de la santé, elle est très impliquée dans l'enseignement et la communication, particulièrement en ce qui a trait à l'importance de la mobilisation précoce des patients hospitalisés afin de prévenir les effets systémiques de l'immobilisation.

Le fait de « bouger » n’est pas réservé à une tranche d’âge bien spécifique. C’est bon à tout âge. Pourtant, en milieu hospitalier, il n’est pas rare d’entendre des personnes âgées nous dire : « Je suis malade, je dois me reposer et ne pas trop bouger. » Faux : être malade et couché dans un lit d’hôpital n’oblige pas à un repos total et représente encore moins une ordonnance d’alitement donnée par votre médecin.

Bien que bon nombre de patients âgés semblent le croire, l’effort physique pendant une période d’hospitalisation n’est pas nécessairement dangereux. C’est plutôt l’alitement prolongé qui peut avoir des conséquences néfastes sur votre santé, la détériorer et retarder le moment où vous recevrez votre congé d’hôpital. Contrairement à la croyance populaire, il est bon que l’activité physique chez la personne âgée commence immédiatement après la stabilisation des problèmes physiologiques majeurs afin de favoriser une guérison rapide.

Les observations cliniques justifiant la mobilisation précoce des personnes hospitalisées sont largement documentées :

  • Une journée d’alitement nécessite en moyenne trois jours de récupération ;
  • Une semaine d’alitement, un mois de récupération.

Après trois mois d’alitement, 50 % des patients récupèrent mal ou ne récupèrent jamais.

Ces formules peuvent s’apparenter à des slogans, mais il n’en est rien. Il n’est pas rare de faire de tels constats en milieu hospitalier. Précisons cependant que malgré que tout cela soit vrai, chaque situation est unique et doit être évaluée en tant que telle en fonction du rapport risque/bénéfice de la mobilisation précoce chez la personne âgée.

Il faut savoir que l’inactivité physique entraîne une détérioration de la structure osseuse et un affaiblissement musculaire. De plus, après un alitement prolongé, le volume des muscles diminue. En quelques semaines, la personne âgée voit sa force musculaire décliner de façon significative. Cette diminution a un impact direct sur son autonomie fonctionnelle physique, et affecte sa capacité à se lever, à marcher et à mener ses activités quotidiennes. Il n’est pas rare que des personnes âgées alitées aient de la difficulté à effectuer les « transferts », en l’occurrence passer de la position couchée à assise et de celle-ci à la station debout, tout en gardant l’équilibre. On observe aussi souvent une tendance à se pencher vers l’arrière et à chuter.

Certaines études font état de pertes de masse musculaire de l’ordre de 5 à 10 % par semaine dans des situations d’alitement strict. Les muscles des membres inférieurs et ceux du tronc sont plus particulièrement sujets à de telles altérations. Un alitement prolongé entraîne également un raccourcissement des tendons, des contractures et des raideurs articulaires.

Une personne âgée venant d’être admise à l’hôpital doit donc bouger dès que possible et mettre l’accent sur les activités de la vie quotidienne. Le processus de réadaptation doit débuter tôt pendant l’hospitalisation, en vue d’un retour prochain dans le milieu de vie. Il commencera par des séances quotidiennes au fauteuil et progressera vers la marche quotidienne le long du corridor d’hôpital, en passant par un programme d’exercices soigneusement préparé par le physiothérapeute.

Les conséquences de l’inactivité physique ne se limitent pas seulement au système musculo-squelettique tel que vu ci-dessus, mais affectent également le système digestif, cutané, respiratoire, cardiovasculaire, urinaire et même l’humeur et la mémoire. La mobilisation fréquente est un excellent moyen pour prévenir les complications de l’alitement prolongé et pour permettre à la personne âgée de préserver ses capacités physiques. En somme, on peut dire, sans risque de se tromper, que le fait de bouger en cours d’hospitalisation a des effets bénéfiques réels et favorise le rétablissement.