La curiethérapie de la prostate

Daniel Taussky

Dr Daniel Taussky a complété ses études médicales et sa résidence en radio-oncologie en Suisse, puis a effectué une surspécialisation en cancer de la prostate à Toronto. Il est présentement professeur associé à l'Université de Montréal et travaille depuis 2004 au département de radio-oncologie du CHUM, où il partage son temps entre des activités cliniques, l'enseignement et des projets de recherche clinique.

La curiethérapie ou brachythérapie de la prostate à l’aide de grains d’iode radioactif est un traitement du cancer de la prostate qui est en gain de popularité au Québec. Cette technique, déjà pratiquée depuis plus de 20 ans, a beaucoup évolué grâce à des développements techniques récents.

Déjà pratiquée à Québec depuis plusieurs années, elle devient de plus en plus utilisée dans la région de Montréal. Déjà, plus de 750 patients ont été traités par cette technique à L’Hôpital Notre-Dame de Montréal depuis l’été 2005. Nous sommes le seul centre de la région offrant cette technique. Grâce à la courte durée du traitement, soit une journée à l’hôpital, même pas une nuit,  la curiethérapie attire des patients venant de régions plus éloignées, telles que Mont-Laurier ou Rouyn –Noranda.

Suite au dépistage du cancer de la prostate par APS (antigène prostatique spécifique), de plus en plus de cancers ayant un stade de faible agressivité sont diagnostiqués. Ces patients, ainsi que certains ayant un cancer de stade d’agressivité intermédiaire, sont candidats pour ce traitement. La curiethérapie est une bonne alternative à la chirurgie, qui consiste à enlever la prostate, ou encore à la radiothérapie externe, qui nécessite 40 traitements (1 traitement par jour, 5 jours par semaine et ce, pendant 8 semaines).

Il s’agit d’une intervention d’environ une heure à une heure et demie. La plupart des interventions à notre hôpital sont faites sous anesthésie rachidienne. Une sonde d’échographie est introduite dans le rectum pour visualiser la prostate. Ensuite, des aiguilles remplies de grains radioactifs, chacun mesurant moins d’un millimètre de diamètre et 4 mm de longueur, sont introduites via le périnée dans la prostate. Le périnée est la région en-dessous des testicules. L’implantation de ces grains, environ une soixantaine au total, est guidée par l’échographie qui permet de voir la pointe de l’aiguille avec haute précision en temps réel. Les grains radioactifs perdent leur radioactivité graduellement avec le temps. Donc, après 6 mois, déjà 90% de la radioactivité est partie. Toutefois, l’enveloppe en platine autour de cette poudre radioactive reste de façon permanente au niveau de la prostate sans causer de problèmes à long terme. Il n’y a donc aucune coupure de la peau.

Une fois les grains déposés dans la prostate, les aiguilles sont retirées et la peau se referme immédiatement. La perte de sang suite à une telle intervention est minime, équivalente à la quantité lors d’une prise de sang.

Suite à l’intervention, une fois que le patient ait bien uriné, on peut envisager un congé de l’hôpital en après-midi ou en soirée. Seulement 10-15% des patients ne peuvent pas uriner immédiatement et quittent l’hôpital avec une sonde urinaire, qui sera retirée le jour suivant la procédure au CLSC. La grande majorité des patients peuvent bien uriner suite au retrait de cette sonde.

Le jour après l’intervention, les patients sont souvent très surpris du fait qu’ils n’ont pas de douleurs.

L’avantage de la curiethérapie est sa capacité de livrer la radioactivité directement dans la prostate sans d’abord avoir besoin de traverser les tissus sains, comme dans le cas de la radiothérapie externe. De plus, les patients peuvent très vite reprendre leurs activités normales et faire la plupart de leurs sports et activités physiques dans les premiers jours suivant l’intervention.

Les effets secondaires les plus fréquents après la curiethérapie sont une miction plus fréquente, un jet urinaire plus faible et des brûlures mictionnelles. Ces symptômes peuvent durer de quelques jours à plusieurs mois. Les érections peuvent aussi diminuer de force avec le temps. L’effet sur les érections ainsi que les effets sur la miction dépendent grandement de leur fonction avant l’intervention. Ainsi, l’homme ayant déjà de bonnes érections ou peu de problèmes urinaires est moins à risque de problèmes après l’intervention.

Il y a également des précautions à prendre quant au fait que le patient portera en lui des sources radioactives, mais elles ne sont pas contraignantes. En effet, il est possible de dormir dans le même lit que sa conjointe, mais il faut prendre certaines précautions telles que ne pas mettre d’enfants sur ses genoux pour une période prolongée.