L’obésité juvénile – Questions/Réponses

Élisabeth Rousseau

Dre Élisabeth Rousseau est pédiatre au CHU Sainte-Justine et professeure émérite à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Fondatrice de la clinique de nutrition de l'hôpital Sainte-Justine, elle a manifesté tout au long de sa carrière un intérêt particulier pour la nutrition des enfants et s'est souvent engagée dans la communauté pour sensibiliser la population à ce sujet. Elle est une enseignante réputée et appréciée par les étudiants, comme le témoignent l'obtention de nombreux prix à cet égard.

Les problèmes d’obésité ne touchent pas que les préados, les adolescents et les adultes, et il est bien de s’en soucier dès le jeune âge. En effet, le surplus de poids peut apparaître dès les toutes premières années de vie. Selon les dernières statistiques, on estime qu’au Québec le taux d’embonpoint est d’environ 20% et le taux d’obésité de 10% chez les enfants de 2 à 17 ans. En décelant un problème de poids rapidement chez l’enfant, nous pouvons intervenir afin d’éviter un problème d’obésité plus tard dans la vie et toutes les complications qui y sont associées. 

1. Docteur, on vient vous consulter avec notre premier nouveau-né, car comme vous le voyez, mon mari et moi avons des problèmes de poids et on ne voudrait pas que cela soit aussi une fatalité pour notre bébé.  

Bien que plus d’une centaine de gènes pouvant prédisposer à la prise de poids soient identifiés, aucun n’en est responsable à lui seul. Vos enfants ne souffriront donc pas inévitablement de surpoids. C’est généralement l’environnement (alimentation trop riche en calories et pas assez d’activité physique) qui favorisera l’expression des gènes et le développement de l’obésité.

On peut cependant agir de façon préventive dès le bas âge :

• Encourager l’allaitement maternel exclusif jusqu’à au moins 6 mois de vie et  poursuivre jusqu’à  12 mois si possible;

• Retarder l’introduction des aliments solides jusqu’à l’âge de 4-6 mois;

• Éviter d’ajouter du sucre et du sel aux aliments;

• Limiter la quantité de formule de lait pour nourrisson à 600 mL/24 heures (20 onces) dès l’âge de  6 mois, restreindre la quantité de jus de fruits à 120 mL/jour (4 onces) et offrir de préférence de  l’eau lorsque le bébé a soif.

On sait à présent que le tiers des enfants obèses d’âge préscolaire, la moitié des enfants obèses d’âge scolaire et 80% des ados obèses le demeureront à l’âge adulte si on ne fait rien. Il faut donc intervenir tôt, avant que ce ne soit un problème chronique et irrémédiable.

2. Pour des parents, c’est facile de voir à l’œil nu que l’enfant est en surpoids.  

Faux. D’une part, on peut considérer que les rondeurs sont synonymes de bonne santé, de bonne nutrition. D’autre part, ce n’est qu’en établissant les courbes de croissance du jeune, en regardant son poids, sa taille et surtout en calculant l’indice de masse corporelle qu’on appelle IMC (= poids/taille2), utile dès l’âge de 2 ans, que l’on peut détecter un excès pondéral. Normalement vers l’âge de 3 ans un enfant suit régulièrement sa « courbe » (son couloir de croissance). Si votre docteur ou une infirmière du CLSC vous dit que votre petit grossit trop vite, attention! Il serait bon de consulter pour demander des conseils.

3. Mais docteur, il est beaucoup trop jeune pour le mettre à la diète!

Vrai et faux. C’est vrai qu’à ce jeune âge on ne soumet pas un enfant à une diète restrictive pour lui faire perdre du poids, puisqu’il faut préserver et respecter sa croissance normale telle que prévu dans son bagage génétique. Au mieux, on demandera de stabiliser le poids de l’enfant.

Cependant, en faisant le relevé de sa routine journalière, on mettra le doigt sur des débalancements possibles de son alimentation. Par exemple : 

• Horaire ± anarchique des repas, collations et grignotage sans fin;

• Taille irréaliste des portions offertes par rapport à la capacité de son estomac et à ses besoins réels;

• Atmosphère tendue aux repas, où l’on force l’enfant à manger plus qu’il ne veut, surtout à la phase difficile du « terrible 2-terrible 3 », alors qu’il est normal que la vitesse de croissance ralentisse;

• Petit déjeuner sauté le matin;

• Surconsommation de jus et d’autres liquides remplissant l’estomac et l’empêchant d’avoir faim pour des aliments solides.

4. Pensez-vous docteur que si on fait des tests, on verra si ce sont les hormones qui ne fonctionnent pas bien chez mon enfant?   

Non. Il est inutile de faire des prises de sang pour s’assurer que la glande thyroïde, l’hypophyse, les surrénales… fonctionnent normalement. Dans plus de 95% des cas d’obésité il n’y a pas de maladie sous-jacente; un excès de calories et une trop faible dépense physique sont responsables du problème.

Quand il y a surpoids, bien évidemment la croissance pondérale s’accélère, mais la croissance staturale (la taille, la hauteur de l’enfant) elle aussi s’accélère. C’est vrai dans pratiquement tous les cas, sauf si la taille des parents est elle-même génétiquement très petite. Donc, les enfants qui ont un excès de poids sont généralement grands et c’est facile de le voir sur les courbes de croissances, sans avoir besoin de faire des prises de sang.

5. Donc il n’y a jamais de test à faire?

Parfois oui. Si votre docteur vous dit que votre enfant a un IMC supérieur au 97e percentile sur les courbes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) (et non sur celles, uniquement américaines, du Center for Disease Control and Prevention (CDC) d’Atlanta aux États-Unis), et qu’il est donc obèse par définition, il est recommandé de faire dès l’âge de 10 ans une prise de sang à jeun, pour vérifier :

• le taux sanguin de sucre (la glycémie);

• le taux d’insuline (l’hormone du pancréas qui se charge de faire entrer le sucre dans les cellules et de maintenir ainsi un niveau constant de sucre dans le sang, la glycémie);

• les taux de cholestérol (le bon : HDL, et les mauvais : LDL, triglycérides);

• et effectuer les tests du foie, afin de s’assurer qu’il n’y a pas surcharge graisseuse à cet endroit.

De plus, si dans votre famille il y a déjà des personnes souffrant de diabète, d’hypertension artérielle, de maladies cardiaques (infarctus du myocarde…), ou d’obésité, ces tests doivent être faits bien avant l’âge de 10 ans.

6. Si je comprends bien, notre enfant en surpoids est déjà à risque de problèmes de santé?   

Oui, mais il n’est jamais trop tard pour agir à ce jeune âge!

7. Avec toutes ces complications qu’on ne voit pas, pour nous les parents c’est mission impossible!  

Faux. Voici quelques conseils très simples à mettre en pratique au quotidien :

• Respecter les variations normales de l’appétit et ne pas insister pour que l’enfant termine son assiette;

• Commencer à le faire boire à la tasse vers l’âge de 12 à 15 mois et arrêter les biberons vers 18 mois;

• Donner après 2 ans du lait partiellement écrémé et de l’eau à volonté;

• Limiter la consommation de calories vides, c’est-à-dire qui n’amènent aucun nutriment vraiment utile (protéines, vitamines, fibres…), comme les boissons sucrées, les friandises et les sucres concentrés, à ne consommer que dans des occasions spéciales (anniversaires, Halloween, fêtes de fin d’année…);

• Éviter de manger de grosses portions et de les ingurgiter trop vite;

• Répartir l’apport alimentaire entre plusieurs repas, soit 3 repas et 1 à 2 collations nutritives;

• Éviter de sauter des repas, surtout le petit déjeuner, qui est le repas le plus important pour bien commencer une journée;

• Encourager les repas pris en famille;

• Limiter les repas au restaurant, particulièrement ceux de fast-food (1-2 fois par semaine au maximum);

• Éviter les règles trop strictes qui occasionnent de la frustration et, en contrepartie, une avidité excessive (fringales, grignotage en cachette);

• Ne jamais utiliser les aliments pour punir ou récompenser un enfant. 

Par ailleurs :

• Encourager chaque jour la pratique d’activités physiques agréables (jeux à l’extérieur…);

• Restreindre autant que possible le « temps d’écran » à 2h/jour (ordi, jeux vidéo…), la télévision étant inutile avant 2 ans.

8. Le manque de sommeil, sans excès de calories, peut-il amener un surpoids?

Oui! En effet une dette de sommeil, c’est comme un stress chronique. Cela fait augmenter le niveau de certaines hormones qui stimulent la faim (le cortisol, la ghréline) et diminuer celui d’une autre hormone (la leptine), dont le rôle est de nous informer que nous avons déjà de bonnes réserves et qu’il est donc inutile de grignoter davantage, ce qui risquerait de stocker des graisses à de mauvais endroits de notre corps (autour de la taille, des fesses…).

 

9. Finalement, docteur, tout cela me parait compliqué à gérer!  

Ne vous découragez pas. Vous et votre famille êtes capables de venir à bout du problème. Pour commencer, suivez les conseils d’Acti-Menu avec le Défi Santé Équilibre 5/30; 5 pour 5 fruits et légumes à manger tous les jours, 30 pour 30 minutes d’activités physiques plaisantes à faire quotidiennement et Équilibre afin de dormir davantage. Pour les plus jeunes, on recommande 60 minutes d’exercice actif chaque jour.

5/30; il est facile de s’en souvenir et ce n’est pas si compliqué à mettre en pratique dans notre routine de tous les jours.