Rétrospective 2015 : 10 avancées médicales qui pourraient changer le monde de demain

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Après le Nouvel An, il est toujours intéressant de faire un bilan de l’année qui vient de se terminer. En ce qui concerne la santé, l’année 2015 fut riche en découvertes et en progrès de toutes sortes. Chaque pas en avant, petit ou grand, mérite une mention. À défaut de pouvoir souligner de façon exhaustive les progrès réalisés en 2015, l’équipe du Magazine Facteur Santé vous présente une liste de 10 avancées majeures. Elles ont été sélectionnées selon la portée qu’elles pourraient avoir sur la santé des populations, leur impact dans le domaine médical, la qualité de la recherche, ainsi que la portée du journal dans lequel elles ont été publiées. Nous nous sommes aussi permis quelques faits inusités ou portant à réflexion…    

Un traitement potentiel à effet prolongé contre le VIH

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) conduit à la destruction du système immunitaire des personnes qui en sont infectées, provoquant le syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA). Officiellement, plus de 30 millions de personnes en sont infectées dans le monde. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne, le virus affecte jusqu’à 25 % de la population active. Une équipe du Scripps Research Institute (Floride, États-Unis) chapeautée par le Dr Michael Farzan a développé un inhibiteur puissant qui agit sur le VIH-1, la souche la plus courante du virus dans le monde. Ce composé, l’eCD4-Ig, est en fait un anticorps artificiel qui inactive le virus. Par des techniques de biologie moléculaire, les chercheurs ont créé un véhicule pour acheminer un manuel d’instructions aux cellules du corps afin qu’elles puissent produire elles-mêmes l’eCD4-Ig, ce qui explique l’effet longue durée du traitement. Des essais sur des macaques rhésus ont montré qu’une seule injection du véhicule contenant le manuel d’instruction pour produire l’eCD4-Ig permet de protéger les animaux durant au moins 8 mois contre une infection par le VIH.

Gardner MR et al. (2015). AAV-expressed eCD4-Ig provides durable protection from multiple SHIV challenges. Nature. 519 (7541): 87-91

Un nouveau traitement efficace contre les souches résistantes de la malaria

La malaria (ou paludisme), transmise par des piqûres de moustiques anophèles, est la maladie parasitaire la plus importante dans le monde. En 2015, le parasite du genre Plasmodium a infecté environ 214 millions de nouvelles personnes et causé environ 438 000 décès. Bien que 80 % des cas soient retrouvés en Afrique subsaharienne, la malaria est une réalité dans plusieurs régions du monde, incluant l’Asie, le Moyen-Orient, certaines régions de l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, ainsi que les Antilles. Un des défis importants dans la lutte contre la malaria est l’apparition de souches résistantes aux traitements conventionnels comme la chloroquine ou l’artémisinine. Une équipe de chercheurs de l’Université de Dundee et de l’Institut tropical et de santé publique suisse a développé la molécule DDD107498. Des essais ont montré que ce composé est capable d’éliminer 90 % des parasites dans un organisme infecté, y compris ceux qui sont résistants aux traitements conventionnels.

Baragaña B et al. (2015). A novel multiple-stage antimalarial agent that inhibits protein synthesis. Nature. 522 (7556): 315-320

Le cerveau est connecté au système immunitaire : une révolution en anatomie

Il y a de grandes découvertes et même parfois des découvertes révolutionnaires. Ici, il s’agit bel et bien d’une découverte qui révolutionne notre compréhension de l’anatomie, de la neurologie et de l’immunologie. Les scientifiques croyaient depuis toujours qu’il n’existait pas de lien anatomique direct entre le système immunitaire et le cerveau. Eh bien… ils se trompaient! Des chercheurs de l’Université de Virginie (États-Unis) ont mis en évidence l’existence de vaisseaux lymphatiques dans le cerveau. Ces vaisseaux agissent à titre de véritables autoroutes pour les cellules du système immunitaire. Non seulement cette découverte révolutionne-t-elle nos connaissances en anatomie, mais elle ouvre également la porte à des avancées majeures dans notre compréhension des maladies auto-immunes affectant le système nerveux central comme la sclérose en plaques. 

Louveau A et al. (2015). Structural and functional features of central nervous system lymphatic vessels. Nature. 523 (7560): 337-341

Un vaccin contre l’Ebola efficace à 100 %

Le virus Ebola a fait son apparition en 1976 en Afrique centrale. Le virus cause une maladie grave qui progresse très rapidement et est caractérisée par des symptômes grippaux en plus de vomissements, de diarrhée, d’insuffisance rénale et hépatique, d’éruptions cutanées et parfois, d’hémorragies. Le taux de mortalité moyen est de 50 %, mais peut atteindre 90 % dans certaines localités. Une récente épidémie en Afrique de l’Ouest a semé l’inquiétude dans le monde entier; nous n’avions aucun traitement efficace contre le virus qui se propageait rapidement. Cette crise a favorisé un effort international afin de développer un vaccin pour lutter contre l’Ebola. Le vaccin VSV-EBOV a été mis au point par des chercheurs de l’Agence de la santé publique du Canada et les essais cliniques ont été réalisés par une équipe internationale chapeautée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les résultats de l’essai clinique de phase 3 ont montré une efficacité de 100 %, ce qui suggère que le vaccin pourrait permettre de reléguer le virus Ebola aux livres d’histoire d’ici peu.

Henao-Restrepo AM et al. (2015). Efficacy and effectiveness of an rVSV-vectored vaccine expressing Ebola surface glycoprotein: interim results from the Guinea ring vaccination cluster-randomised trial. Lancet. 386 (9996): 857-866

Un outil pour lutter contre la résistance aux antibiotiques

Isolés dans les années 1940 à 1960 à partir de microorganismes, les antibiotiques sont probablement les médicaments qui ont le plus révolutionné la médecine. Avec le temps, les antibiotiques ont été tenus pour acquis et nous avons oublié la gravité des infections bactériennes. Malheureusement, une surutilisation et un mauvais usage de ces médicaments ont favorisé l’émergence de bactéries résistantes et depuis les années 1980, les efforts pour produire de nouveaux antibiotiques s’attaquant aux bactéries résistantes se sont avérés peu fructueux. Certaines souches bactériennes sont résistantes à la plupart des antibiotiques disponibles et la propagation des résistances est hors de contrôle. Il s’agit d’une réelle menace à l’échelle planétaire et un recul important de la santé globale est à prévoir si rien ne change. À titre d’exemple, 700 000 décès seraient causés par des bactéries résistantes chaque année et ce nombre pourrait grimper à 10 millions par année en 2050. Ces infections imposeraient également des coûts d’environ 100 trillions de dollars US à nos sociétés ainsi qu’une baisse importante du PIB dans la plupart des pays. Heureusement, grâce à une technologie développée par l’équipe du  Dr Kim Lewis de l’Université Northeastern de Boston (États-Unis), ce scénario apocalyptique pourrait être évité. Les chercheurs ont créé le iChip, un outil permettant de cultiver des microorganismes jusqu’ici incultivables. Moins de 1 % des microorganismes du sol étaient cultivables en laboratoire afin d’identifier des antibiotiques, mais le iChip permettra de commencer l’étude des 99 % restants, qui pourraient s’avérer une source importante d’antibiotiques potentiels! Mis à l’essai, le iChip a déjà permis l’identification de 25 nouveaux antibiotiques, dont le teixobactin. Lors de leurs expériences, les chercheurs n’ont observé le développement d’aucune résistance bactérienne, ce qui rend ce nouvel antibiotique très prometteur. Les propriétés de ce dernier pourraient donc ouvrir la voie à une nouvelle famille d’antibiotiques qui permettraient de déjouer les mécanismes de résistance bactérienne.

Ling LL et al. (2015). A new antibiotic kills pathogens without detectable resistance. Nature. 517 (7535): 455-459.

Un nouveau traitement pour éradiquer l’hépatite C

Selon de récentes estimations, de 130 à 150 millions de personnes dans le monde souffrent d’une infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC). Les traitements actuels diffèrent selon les formes (génotypes) du virus et ne sont pas toujours efficaces, et près de 500 000 personnes meurent des complications hépatiques que cause ce virus chaque année. Les résultats d’une vaste étude clinique menée par une équipe de chercheurs du Toronto Western Hospital (Canada) ont montré qu’une simple combinaison médicamenteuse composée de sofosbuvir et de velpatasvir permet d’éradiquer le virus de l’hépatite C dans 99 % des cas. Non seulement le traitement s’est avéré efficace après seulement 12 semaines, mais il est efficace contre tous les génotypes de l’hépatite C. Selon le Dr Jordan Feld, principal auteur de l’étude, cette avancée devrait permettre de guérir la plupart des patients avec un seul traitement, simple et bien toléré.

Feld J et al. (2015). Sofosbuvir and Velpatasvir for HCV Genotype 1, 2, 4, 5, and 6 Infection. The New England Journal of Medicine. 373 (27): 2599-2607.

La douleur au féminin, rien à voir avec la douleur au masculin !

La douleur chronique est un des problèmes de santé les plus courants chez les humains. Nous savions que plus de femmes que d’hommes en sont affectées. De même, il était connu que des doses supérieures de morphine sont souvent nécessaires chez les femmes pour atteindre des effets analgésiques satisfaisants. Il ne s’agit pas d’une question sexiste, mais bel et bien d’une différence fondamentale dans les mécanismes de détection de la douleur entre les femmes et les hommes. Une étude québécoise et ontarienne, réalisée en collaboration par les équipes du Dr Jeffrey Mogil de l’Université McGill et du Dr Michael Salter de l’Université de Toronto, révèle que des cellules immunitaires différentes interviennent dans la détection et la transmission de la douleur chez les souris mâles et femelles. Chez les mâles, les microgliocytes déclenchent la douleur et déterminent son intensité. Chez les femelles, ce sont plutôt les lymphocytes T qui effectuent cette tâche. Ces observations restent à être confirmées chez l’humain, mais les similarités entre l’humain et la souris en ce qui concerne leur réponse à la douleur suggèrent des mécanismes semblables. Les résultats de l’étude risquent donc d’avoir une incidence majeure quant au développement de nouveaux médicaments plus spécifiques et efficaces contre les problèmes de douleur chronique. Mesdames et messieurs, vous pourriez bien avoir chacun vos propres médicaments!

Sorge RE et al. (2015). Different immune cells mediate mechanical pain hypersensitivity in male and female mice. Nature Neuroscience. 18 (8): 1081-1083

Mieux visualiser pour mieux traiter les cancers du cerveau

Les cancers du cerveau sont parmi les plus mortels, avec une survie relative après 5 ans de 25 % (mortalité de 75 %). Après les tumeurs causées par le développement de métastases qui proviennent d’un cancer ailleurs dans le corps, les gliomes sont les tumeurs malignes les plus fréquentes. La chimiothérapie et la radiothérapie ont souvent un effet modeste sur ce type de cancer. La chirurgie pour retirer la tumeur demeure donc l’élément central du traitement. Ces tumeurs compliquent cependant le travail puisqu’elles ont tendance à produire des projections difficilement détectables dans le cerveau. Ces projections de cellules cancéreuses qui ne sont pas détectées et retirées lors de la chirurgie expliquent les rechutes et le décès de plusieurs patients. Une collaboration entre des chercheurs québécois de l’École Polytechnique de Montréal, de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal, de l’Université McGill et du Centre Universitaire de Santé McGill (CUSM) a permis le développement d’une sonde capable de détecter les cellules cancéreuses en temps réel pendant une intervention chirurgicale au cerveau. L’appareil permet d’indiquer rapidement si d’infimes zones du cerveau entourant la tumeur principale contiennent des cellules cancéreuses. Cette technologie devrait réduire de façon considérable le risque qu’il reste des cellules cancéreuses tout en limitant la quantité de cerveau sain retirée. Les chirurgies plus précises qui en résulteront pourraient allonger significativement la durée de rémission et augmenter les chances de guérison.

Jermyn M et al. (2015). Intraoperative brain cancer detection with Raman spectroscopy in humans. Science Translational Medicine. 7 (274): 274ra19

Modification génétique d’un embryon humain

Au printemps 2015, un groupe de chercheurs chinois a pris le monde scientifique par surprise en annonçant une première mondiale : ils décrivaient, dans un article publié dans un journal scientifique méconnu, la modification génétique d’un embryon humain. Les chercheurs, dirigés par Junjiu Huang, ont utilisé une technologie appelée CRISPR pour modifier le gène de la bêta-globine, qui est altéré dans la bêta-thalassémie (une maladie héréditaire prévalente dans le bassin méditerranéen et en Asie, entre autres). Les chercheurs se sont défendus d’avoir outrepassé les règles d’éthique, puisque les embryons utilisés n’étaient pas viables, c’est-à-dire qu’ils n’auraient pas pu se développer en être humain. Cela n’a cependant pas empêché de soulever de nombreuses inquiétudes au sein de la communauté scientifique internationale. Selon les résultats de l’étude, l’efficacité de la technique n’était pas très bonne et CRISPR a causé plusieurs mutations non souhaitées à d’autres endroits dans l’ADN. Que cela vous rassure ou vous déçoive, la modification génétique d’embryons humains n’atteindra pas la clinique demain matin.

Liang P et al. (2015). CRISPR/Cas9-mediated gene editing in human tripronuclear zygotes. Protein & Cell. 6 (5): 363-372

Fertilisation In Vitro : Des bébés à trois parents

En février 2015, les députés britanniques ont approuvé cette technique pour les femmes souffrant de maladies mitochondriales. Les mitochondries sont des petites structures que l’on retrouve en plusieurs copies dans chaque cellule de notre corps. Elles contiennent une petite quantité d’ADN qui, comme celui qui se trouve dans le noyau de la cellule, peut contenir des mutations (des erreurs) causant des maladies chez certaines personnes. Les mitochondries d’un individu (et leur ADN) proviennent toujours de sa mère, puisqu’elles proviennent toutes de l’ovule qui sera fécondé et non du spermatozoïde. Voici donc, en termes simples, en quoi consiste la technique : on utilise le spermatozoïde du père, l’ovule de la mère atteinte de la maladie mitochondriale, ainsi que l’ovule d’une donneuse saine. Le noyau (qui contient la majorité de l’ADN) est retiré de l’ovule de la donneuse, mais ses mitochondries sont conservées. Le noyau de l’ovule de la mère (et son ADN) est ensuite inséré dans l’ovule de la donneuse. Selon la technique, la fertilisation avec le spermatozoïde peut avoir lieu à différentes étapes. Ainsi, on se retrouve avec un enfant qui a un ADN nucléaire (contenu dans le noyau de la cellule) provenant de ses deux parents, mais un ADN mitochondrial provenant d’une donneuse. À noter : l’enfant n’aura pas de ressemblance physique avec la donneuse, puisque l’ADN mitochondrial n’est important que pour les fonctions des mitochondries et non pour le développement des caractéristiques physiques observables d’un individu. Néanmoins, si l’enfant est une fille, l’ADN mitochondrial de la donneuse sera transmis à sa descendance. Avec la légalisation de cette technique, la Grande-Bretagne vient donc de franchir une frontière symbolique importante; celle de la manipulation du patrimoine génétique humain. Cette nouvelle soulève évidemment d’importantes questions éthiques.